Home / Systèmes nationaux / Pays / Hongrie / Syndicats

Syndicats

En Hongrie, le taux de syndicalisation est relativement faible – environ 12 % – et, avec six confédérations concurrentes – la MSZOSZ, l’ASZSZ, le SZEF, l’ÉSZT, la LIGA et la MOSZ – le mouvement syndical est fragmenté. En 2013, trois de ces confédérations ont toutefois annoncé leur intention de fusionner. Les syndicats se font actuellement concurrence aussi bien au niveau des secteurs que des entreprises, en particulier dans les grandes entreprises publiques.

Selon l’enquête sur les forces de travail de 2009, environ 380 000 travailleurs sont membres d’un syndicat, soit 12 % de la population active.1 Ces chiffres sont très inférieurs aux résultats de la base de données des syndicats ICTWSS, qui a chiffré le taux de syndicalisation à 16,8 % en 20082 . Pour leur part, les syndicats se réclament de près de 800 000 affiliés. L’une des raisons expliquant cette différence est que les confédérations, issues de l’organisation syndicale SZOT qui existait avant 1989 (voir ci-dessous), accueillent un grand nombre de retraités.

La Hongrie compte six confédérations syndicales. Quatre d’entre elles – la MSZOSZ, l’ASZSZ, le SZEF et l’ÉSZT – sont issues, sous une forme réformée, du syndicat unifié SZOT, qui existait avant 1989, et deux – la LIGA et la MOSZ – sont nées d’une combinaison d’activistes anti-communistes et de mouvements de protestation locaux. Un grand nombre de syndicats indépendants sont également actifs.

 

 

La ligne de partage entre les syndicats réformés se situe essentiellement dans les secteurs de l’économie dans lesquels ils opèrent, bien que les frontières ne soient pas claires. De manière générale, la MSZOSZ (Confédération nationale des syndicats hongrois) regroupe les travailleurs du secteur manufacturier et des services privés, comme le commerce de détail. L’ASZSZ (Confédération des syndicats autonomes) représente les travailleurs des services publics, des transports et de l’industrie chimique. Le SZEF (Forum pour la coopération des syndicats) et l’ÉSZT (Confédération des syndicats professionnels) couvrent les services publics. La différence entre les deux organisations est que l’ÉSZT fédère uniquement les travailleurs de l’enseignement supérieur et des instituts de recherche, alors que le SZEF représente les travailleurs du secteur public de la santé, des services sociaux, d’autres branches de l’éducation et des administrations locales et centrales.

 

 

La LIGA (Ligue démocratique des syndicats indépendants) et la MOSZ (Fédération nationale des conseils d’entreprises) sont actives dans l’ensemble de l’économie. En 2005, le rapport de force au sein de la LIGA a néanmoins changé suite à sa fusion avec FRDESZ, un syndicat représentant les personnels de la défense et de la police, ce qui lui confère un poids non négligeable dans le secteur public. Plus récemment, plusieurs syndicats, dont ceux représentant les travailleurs de l’industrie électrique, sont venus grossir les rangs de la LIGA. Certains n’étaient auparavant affiliés à aucune confédération, d’autres ont quitté une confédération pour rejoindre la LIGA.

 

 

En raison de la concurrence que se livrent les confédérations, il est difficile d’obtenir des statistiques précises sur le nombre de leurs affiliés et de les rapprocher des résultats de l'enquête sur les forces de travail. En termes de membres salariés, il est toutefois indubitable que le SZEF, avec 225 000 affiliés, et la MSZOSZ, avec 205 000 affiliés, sont les deux organisations majoritaires. L’ASZSZ arrive en troisième position avec environ 120 000 affiliés. La LIGA en compte 101 000 suite aux récentes fusions. L’ÉSZT et la MOSZ sont plus modestes : elles regroupent respectivement 85 000 et 50 000 affiliés (tous ces chiffres ont été fournis par les syndicats eux-mêmes en février 2009)3 .

Historiquement, la MSZOSZ a toujours été proche du parti socialiste hongrois (MSZP), avec lequel elle a conclu un accord électoral en 2005. Dans le rapport sur le congrès 2006 de la MSZOSZ, il est indiqué que les valeurs prônées par l’organisation figurent dans la plate-forme électorale du parti socialiste, tout en précisant qu’elle n’hésiterait pas à s’opposer à un gouvernement de gauche pour défendre les intérêts des travailleurs. De l’autre côté de l’échiquier politique, la MOSZ se définit elle-même comme un syndicat chrétien et a formé des alliances avec les partis de droite.

 

 

Les autres confédérations sont plus soucieuses de leur indépendance politique. Les tensions politiques régnant entre la LIGA et les autres confédérations, notamment la MSZOSZ, se sont attisées en 2006-2007 lorsque la LIGA a soutenu les manifestations et organisé des grèves contre la politique du gouvernement socialiste-libéral dans un contexte d’agitation politique extrême.

 

 

Les relations des syndicats avec le gouvernement ont évolué après l’élection de 2010, qui s’est soldée par une victoire écrasante de la coalition FIDESZ-KDNP. Le gouvernement FIDESZ a promulgué une série de lois controversées, dont une révision du code du travail ayant entraîné un affaiblissement de la position des syndicats. Si la LIGA et la MOSZ ont continué de négocier avec le gouvernement, les autres confédérations ont été presque totalement ignorées et les structures tripartites officielles ont été démantelées. Suite aux manifestations organisées fin 2011, la MSZOSZ a cependant rejoint la LIGA et la MOSZ dans les discussions sur le nouveau code du travail4 .

En mai 2013, le SZEF, la MSZOSZ et l’ASZSZ, probablement les trois plus grandes confédérations syndicales du pays, ont annoncé leur intention de fusionner. La politique de « division » du gouvernement à l’égard des syndicats et la « préférence exclusive » du gouvernement FIDESZ dont bénéficieraient certains syndicats depuis 2010, au détriment des autres syndicats, seraient à l’origine de ce projet de fusion. Selon les trois confédérations, « l’unification » constituerait la seule réponse possible face à l’attitude du gouvernement5 .

Les détails et le calendrier de la fusion n’ont pas encore été communiqués. Si ce projet aboutit, le processus durera sans doute un certain temps.

 

Le nombre de syndiqués a nettement reculé dans les années 90 et la tendance s’est confirmée par la suite. Un rapport publié lors du congrès 2002 de la MSZOSZ note que « l’âge moyen des membres augmente en raison des méthodes de recrutement souvent inefficaces des organisations affiliées ». Les chiffres de l’enquête sur les forces de travail montrent que la majorité des syndiqués ont entre 40 et 54 ans. Elle pointe également un recul du taux de syndicalisation global de 19,7 % en 2001 à 16,9 % en 2004 et 12,0 % en 20096 .

 

 

La tendance n’est pas aussi marquée dans toutes les branches. Le secteur manufacturier et les services privés ont été beaucoup plus affectés par les transformations économiques opérées dans les années 90 que les services publics. Du fait de la structure du syndicalisme hongrois, cela signifie que la MSZOSZ, qui était auparavant largement majoritaire, a subi des pertes bien plus importantes que le SZEF et l’ASZSZ dans les années 90.

 

 

Selon l’enquête sur les forces de travail, c’est dans le secteur de l’information et de la communication (-17,3 points, de 20,2 % à 2,9 %), ainsi que dans l’éducation (-15,5 points, de 39,4 % à 23,9 %) que les plus fortes baisses du nombre d’affiliés ont été enregistrées entre 2001 et 2009. Malgré ces chiffres, l’enquête sur les forces de travail confirme que le secteur public et les services publics, y compris les transports et la distribution d’énergie, enregistrent les effectifs syndicaux les plus élevés. Cette enquête révèle également que le taux de syndicalisation est plus élevé chez les femmes (12,9 %) que chez les hommes (11,1 %).

 

L. Fulton (2013) La représentation des travailleurs en Europe. Labour Research Department et ETUI. Réalisé avec l'aide du Réseau SEEurope, publication en ligne, disponible sur : http://fr.worker-participation.eu/Systemes-nationaux