Syndicats
Compris entre un tiers et la moitié des travailleurs, le taux de syndicalisation est relativement élevé en Roumanie, bien que les chiffres soient très incertains. Les structures sont fragmentées. Les cinq confédérations - la CNSLR-Frăţia, le BNS, la CSDR, CNS Cartel ALFA et Meridian - se composent d’un nombre important de fédérations affiliées.
La Roumanie compte probablement entre 2 et 2,5 millions de personnes syndiquées, quoique les statistiques soient imprécises. Les estimations du taux de syndicalisation sont donc variables. Les syndicats l’évaluent à 48-50 %, alors qu’une étude publiée en 2005 par l’organisation patronale UGIR-1903 indiquait que 44 % des travailleurs étaient membres d’un syndicat en 2002.1 Toutefois, la base de données des syndicats ICTWSS donne un résultat plus faible : elle chiffre le taux de syndicalisation en Roumanie à 32,8 % en 20082 . Si cette estimation reste supérieure à la moyenne européenne, elle est très inférieure à celle avancée par l’EIRO, qui a établi le taux de syndicalisation à 50 % en se basant sur les statistiques fournies par les syndicats.3
Le pays compte actuellement cinq confédérations syndicales principales, mais nous ne disposons pas de statistiques précises quant à leurs effectifs. CNSLR- Frăţia (Confédération nationale des syndicats libres de Roumanie - Fratia), qui déclare plus de 800 000 affiliés sur son site Web, est certainement l’une des plus grandes. Elle est issue d’une fusion entre l’ancien mouvement syndical officiel (CNSLR) et une autre confédération (Frăţia) opérée en 1990. CNS Cartel ALFA (Confédération nationale syndicale - Cartel ALFA), créée en 1990, est une autre grande confédération syndicale. Selon un rapport de l’EIRO sur les effectifs syndicaux, elle totalisait 400 000 membres en 2008,4 chiffre contesté par Cartel ALFA, qui revendique un million d’adhérents sur son site Internet. Le rapport de l’EIRO place le BNS (Bloc national syndical), dont le congrès fondateur s’est tenu en 1991, à la troisième position en termes d’effectifs avec 375 000 adhérents en 2008. Vient ensuite la CSDR (Confédération syndicale démocratique de Roumanie), qui est née d’une scission au sein de la CNSLR-Fratia en 1994. Elle fédérait 345 000 affiliés en 2008 selon le rapport de l’EIRO. La plus petite des cinq, avec près de 170 000 adhérents selon la Fondation européenne (2008), est CSN Meridian, créée en 1994.
Ces cinq confédérations ont toutes le statut d’organisations représentatives au plan national, qui leur confère le droit de négocier les conventions collectives nationales. Elles siègent également toutes au Conseil économique et social tripartite de Roumanie (CES). Les confédérations doivent remplir certains critères pour être déclarées représentatives. Elles doivent être présentes dans au moins la moitié des districts administratifs et un quart des secteurs industriels du pays. Elles doivent en outre compter au moins 5 % de la population active dans leurs rangs (voir section « Négociations collectives »).
Les divisions entre les confédérations sont en partie politiques : la CNSLR-Frăţia a passé un accord de coopération officiel avec le parti social-démocrate, le PSD, avec lequel le BNS entretenait également des liens dans le passé. Cartel ALFA repose sur une philosophie démocrate-chrétienne, tout en soulignant qu’elle est « totalement indépendante du gouvernement et des partis politiques ». Les différences se situent aussi au niveau des secteurs représentés.
Toutes les confédérations se composent d’un grand nombre de fédérations sectorielles : 36 pour la CNSLR-Frăţia, 45 pour Cartel ALFA, 30 pour le BNS, 27 pour Meridian et 20 pour la CSDR. On trouve par ailleurs des fédérations non affiliées. Les fédérations elles-mêmes regroupent généralement un grand nombre de petits syndicats, qui ne sont le plus souvent actifs que dans une seule entreprise (la loi autorise la création d'un syndicat à partir de 15 personnes travaillant dans le même secteur ou la même profession). L'une des conséquences est que les syndicats sont fragmentés et se font concurrence pour recruter des adhérents.
En 2007, des efforts d’unification du mouvement syndical roumain ont été engagés. Trois des cinq confédérations - la CNRLR-Frăţia, le BNS et Meridian - ont annoncé en janvier 2007 qu’elles avaient signé un accord en vue de former une nouvelle alliance : l’ACSR, devant disposer d’une direction, d’un siège et d’une personnalité juridique propres. Ce projet aurait également pu mettre un terme au long conflit autour des actifs des syndicats hérités de la période d’avant 1989. Cependant, l’une des principales confédérations roumaines, Cartel ALFA, ne s’est jamais jointe aux pourparlers, affirmant que la fusion envisagée pourrait nuire au « pluralisme » syndical, et la CSDR s’est retirée du projet, qui ne semble pas avoir véritablement progressé.
Malgré tout, les syndicats sont capables de travailler main dans la main. Un groupe de fédérations syndicales du secteur public s'est formé en septembre 2009 en protestation contre la politique gouvernementale de réduction des dépenses publiques. Il a été en mesure d'organiser des grèves et des manifestations au début du mois d'octobre. Plus récemment, les cinq confédérations ont mené des actions communes pour protester contre le plan d’austérité du gouvernement et la révision du code du travail (voir section « Négociations collectives »).
Le recul de l’intervention de l’État dans l’économie et l’évolution des missions dévolues aux syndicats se sont accompagnés d’une baisse globale du nombre de syndiqués en Roumanie depuis le début des années 90. Une étude menée en 2005 par la Fondation européenne a toutefois montré que les confédérations restaient optimistes pour l’avenir.5
L’une des caractéristiques du syndicalisme roumain est qu’il est plus puissant dans l’industrie que dans l’administration publique. En 2002, selon l’étude menée en 2005 par l’organisation patronale UGIR-1903, le taux de syndicalisation était en effet de 85 % dans les industries extractives, 83 % dans la métallurgie et 76 % dans l’industrie chimique, contre seulement 30 % dans l’administration publique.6 Mais cela s'explique sans doute par le fait que la plupart des travailleurs du secteur public ayant le statut de fonctionnaires (funcţionarul public) n’ont acquis le droit d’adhérer à un syndicat sans en référer à leur hiérarchie qu’en 2003. Selon un rapport plus récent publié par la Fondation européenne, le nombre d'affiliés serait en recul dans l'industrie et en augmentation dans le secteur public.7

