Syndicats
Le taux de syndicalisation est relativement faible en Pologne, puisqu’il ne s’élève qu’à 15 %, répartis entre de nombreuses organisations. Le mouvement syndical est dominé par deux grandes confédérations, NSZZ Solidarnosc et l’OPZZ, auxquelles s’ajoute une organisation un peu plus modeste, le FZZ. Cependant, un nombre important des personnes syndiquées sont membres de petits syndicats locaux qui ne sont affiliés à aucune des grandes confédérations.
On estime à 1,5-2 millions le nombre de personnes syndiquées en Pologne. Il est impossible d'obtenir des chiffres précis, car les syndicats ne publient pas de statistiques. D’après une enquête menée en août 2010 par l’institut de sondage CBOS, le taux de syndicalisation s’élève à 15 %.1 Cette source est également utilisée par la base de données des syndicats ICTWSS.2
Il existe un grand nombre d’organisations syndicales en Pologne, mais seules trois grandes confédérations syndicales sont considérées comme représentatives et jouissent de droits spécifiques : NSZZ Solidarnosc (Niezalezny Samorzadny Zwiazek Zawodowy Solidarnosc, Syndicat indépendant et autonome Solidarnosc), l’OPZZ (Entente nationale des syndicats), qui totalisent chacun plus de 500 000 membres, et le FZZ, plus petit. On trouve aussi beaucoup de confédérations plus modestes, ainsi que des syndicats nationaux autonomes. Le pays compte 7 000 syndicats locaux, généralement actifs dans un seul établissement, qui ne sont membres d’aucune autre structure syndicale.
NSZZ Solidarnosc est né des grèves de 1980 aux chantiers navals de Gdansk, à l’époque du régime communiste. Il a été enregistré en tant que syndicat autonome en septembre de la même année. Après une période de clandestinité suite à l’adoption de la loi martiale en décembre 1981, il a réapparu sous la forme d’une organisation légale en 1989. La même année, les leaders de Solidarność se sont retrouvés à la tête du premier gouvernement non-communiste et ont joué un rôle politique direct au cours des années suivantes. Aujourd’hui, Solidarność est redevenu davantage un syndicat qu’un mouvement politique, même s’il conserve toujours des liens étroits avec le milieu politique (voir ci-dessous). Ses effectifs étaient estimés à 680 000 membres en 2008.3 Selon l’enquête conduite en 2010 par CBOS, 6 % des travailleurs polonais sont membres de Solidarność.
Fondée en 1984 après une période de loi martiale interdisant l’ensemble des syndicats, l’OPZZ a traversé toutes les mutations économiques et politiques du pays. Ses effectifs étaient estimés à 535 000 membres en 2009. Selon l’enquête conduite en août 2010 par CBOS, 3 % des travailleurs polonais déclarent être membres de syndicats affiliés à l’OPZZ. Contrairement à ce qui est le cas pour Solidarność, les syndicats affiliés à l’OPZZ ne sont cependant pas identifiés comme tels. Il se peut donc que ce chiffre soit sous-estimé.
Plus modeste que les deux autres confédérations, le FZZ se compose principalement de syndicats qui ont quitté l’OPZZ. L’une des principales raisons de sa création en 2002 est que les règles relatives à une nouvelle commission tripartite réunissant le gouvernement, le patronat et les syndicats pour discuter de la législation future (voir section « Négociations collectives ») ne tenaient compte que des confédérations de plus de 300 000 affiliés. Plusieurs groupements syndicaux indépendants, dont le nombre total de membres dépassait ce seuil à l’époque, se sont alors réunis pour former le FZZ et entrer à la commission. Sur son site Web, le FZZ se réclame de 400 000 adhérents, mais d’autres estimations sont moins généreuses. Selon l’enquête de CBOS, 2 % des travailleurs polonais sont membres de syndicats affiliés au FZZ.
Toutefois, la même enquête de CBOS indique également que 4 % des travailleurs, soit près de 600 000 personnes, sont membres de syndicats qui ne sont affiliés à aucune des grandes confédérations syndicales. Si certains appartiennent à des confédérations plus petites comme Sierpień 80, d’autres sont peut-être membres de syndicats locaux affiliés aux grandes confédérations nationales sans le savoir. Il est néanmoins probable que beaucoup d’entre eux font partie de syndicats locaux non affiliés. Aux termes de la loi, un syndicat peut être créé par dix travailleurs. Sur son site Web, le Ministère du travail et des affaires sociales indique qu’il y a environ 7 000 syndicats opérant au niveau local, sur les lieux de travail, sans aucun lien avec des organisations sociales plus importantes.4
Solidarność et les deux autres grandes confédérations syndicales polonaises ne présentent pas les mêmes structures. Solidarność est une organisation unique, composée de 16 subdivisions industrielles et 38 subdivisions régionales. Elle revendique près de 12 000 comités locaux.
À l’inverse, l’OPZZ et le FZZ sont composés principalement de syndicats locaux, réunis au sein d’organisations syndicales plus grandes, qui forment elles-mêmes les confédérations.
L’OPZZ comprend 82 organisations syndicales nationales, à la fois syndicats et fédérations syndicales, rassemblées dans neuf groupements industriels, ainsi que plusieurs centaines d’organisations locales et d’entreprise organisées par région. ZNP, un syndicat enseignant, est de loin la première organisation de l’OPZZ. Il se réclame de 327 000 affiliés.
Le FZZ se compose de 45 organisations syndicales nationales (il en comptait 17 en 2002) et d’un grand nombre d’organisations locales appartenant à ses structures régionales.
Les différences de structure se reflètent dans le nombre de personnes employées aux sièges des confédérations. En 2006, le siège de Solidarność employait environ 150 salariés, contre 19 pour l’OPZZ et seulement huit pour le FZZ.5
Sur le plan politique, Solidarność a été proche du parti conservateur PiS dirigé par Jarosław Kaczyński. Cependant, Piotr Duda, le nouveau président de Solidarność, a déclaré que le syndicat devait garder ses distances avec les organisations politiques. De son côté, l’OPZZ a soutenu le parti de gauche avant les élections de 2007. Sept des candidats qu’elle a soutenus ont été élus. Le FZZ est moins marqué politiquement.
Du fait de ces divergences politiques, les relations entre les grandes confédérations syndicales sont parfois tendues, bien que cela soit plus perceptible au plan national qu’au niveau local ou sur les lieux de travail.
Le syndicalisme est en net recul depuis le début des années 90, en raison de la restructuration industrielle, des privatisations et de la croissance de l’emploi dans les petites entreprises du secteur tertiaire privé. D’après les résultats des enquêtes de CBOS, la part de travailleurs syndiqués a reculé de 28 % en 1991 à 20 % en 2000 et à 15 % en 2010.6
C’est dans l’éducation, la recherche et le secteur de la santé que le taux de syndicalisation est le plus élevé. Viennent ensuite les secteurs des transports et des communications, puis l’industrie minière et le secteur manufacturier. Le taux de syndicalisation atteint son niveau le plus faible dans le commerce et les services. Les grandes entreprises sont plus syndiquées que les petites.
Les syndicats s’efforcent de recruter en expliquant comment créer un syndicat local ou y adhérer. Lors du congrès 2008 de Solidarność, Janusz Śniadek, son président de l’époque, a déclaré que, pour la première fois depuis 1989, les effectifs du syndicat avaient augmenté l’année précédente.

