Syndicats
Il y a plus de syndiqués en Italie que dans tout autre pays de l’UE. La moitié des affiliés étant des retraités, le taux de syndicalisation des travailleurs s’élève à un tiers environ. Le pays compte trois grandes confédérations syndicales - la CGIL, la CISL et l’UIL - dont les divisions reposaient à l’origine sur des clivages politiques qui se sont atténués avec le temps.
Les syndicats italiens totalisent plus de 12 millions d’affiliés. Cependant, une grande partie d’entre eux sont retraités (près de la moitié - 49 % - des membres des trois confédérations majoritaires). Compte tenu de ces éléments, la base de données des syndicats ICTWSS a chiffré le taux de syndicalisation à 35,1 % en 2010.1
Il y a trois grandes confédérations syndicales en Italie. La plus importante est la CGIL (Confederazione Generale Italiana del Lavoro, Confédération générale italienne du travail), qui fédère 5 746 200 adhérents, dont seulement 2 729 300 sont actifs (2009). La deuxième place est occupée par la CISL (Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori, Confédération italienne des syndicats des travailleurs), avec 4 542 400 affiliés, dont 2 284 000 actifs (2010). Vient ensuite l’UIL (Unione Italiana del Lavoro, Confédération italienne du travail), qui regroupe 2 184 900 membres, dont 1 296 300 travailleurs (2010).2
Dans le passé, ces confédérations affichaient des orientations politiques assez marquées. La CGIL était apparentée au parti communiste, la CISL a été créée par des syndicalistes catholiques qui militaient également au sein du Parti démocrate-chrétien et l’UIL était plus proche du parti socialiste. Mais l’évolution du paysage politique (aucun de ces partis n’existe plus sous sa forme antérieure) et les changements internes opérés dans les confédérations font que cette classification n’est plus pertinente.
Il est néanmoins manifeste que la CGIL se montre plus combative face au gouvernement de droite de Silvio Berlusconi et aux employeurs que ses deux homologues. Au cours de la période récente, c’est apparu clairement dans l’approche que les trois confédérations ont adoptée vis-à-vis de l’évolution du système de négociation collective. Alors que la CISIL et l’UIL ont convenu d’un nouveau cadre national de négociation avec le gouvernement et les employeurs en janvier 2009, la CGIL a refusé de signer l’accord (voir ci-dessous). Depuis, malgré leurs points d’accord, les relations entre la CGIL et les deux autres confédérations sont difficiles.
Les relations entre les trois confédérations majoritaires ont toujours été fluctuantes. Pendant des décennies, les périodes de coopération étroites ont été suivies de périodes de refroidissement, voire de franche hostilité.
La période actuelle se caractérise par des divergences marquées et une forte concurrence entre les trois confédérations syndicales traditionnelles. Aussi, le projet d’unification organisationnelle, qui était clairement visé dans les années 70, semble très lointain aujourd’hui.
Les trois confédérations reposent sur une organisation sectorielle. La CGIL est majoritaire dans l’industrie manufacturière, tandis que les bastions de la CISL et de l’UIL sont les services publics (bien que, dans ce secteur, la CGIL ait une implantation comparable à celle de la CISL).
Il existe d’autres groupements syndicaux en dehors des confédérations dominantes. La plus importante confédération est l’UGL, précédemment appelée CISNAL. Elle était proche du parti de droite Alleanza Nazionale, qui a fusionné avec le parti de Berlusconi, Forza Italia, pour former le parti Partito della Libertá. L’UGL revendique deux millions d’affiliés. Créée au début des années 90, Sindacato Padana (Sin.Pa), autre fédération située à droite de l’échiquier politique, est proche de la Ligue du Nord (Lega Nord). Nous ne disposons d’aucune donnée sur ses effectifs.
Les autres confédérations syndicales sont la CISAL, qui déclare 1,7 million de membres appartenant à des « syndicats autonomes », en particulier dans le secteur public et le secteur financier, et la CONFSAL, un autre regroupement de syndicats autonomes. Quelques syndicats non affiliés opèrent par ailleurs dans des branches ou des professions spécifiques, par exemple FABI dans le secteur bancaire ou CGU, un syndicat enseignant fondé en 2003. Il existe également des syndicats de cadres (CIDA, Unionquadri). Il y a aussi les « CoBas » (comités de base), qui regroupent des militants de base travaillant dans des secteurs spécifiques, comme les chemins de fer ou les transports aériens. Ils prennent souvent part aux actions revendicatives. Ces groupements grossissent certainement les rangs des syndicalistes, bien que les chiffres avancés par certaines confédérations semblent exagérés.
De manière générale, la représentation syndicale en Italie est devenue de plus en plus fragmentée au cours des 20 à 30 dernières années, notamment dans le secteur public et les transports. Les statistiques établies par l’agence nationale ARAN, par exemple, montrent qu’en 2008, alors que le taux de syndicalisation dans le secteur public était de 50 % environ et que 80 % des affiliés étaient membres des grandes confédérations (CGIL, CISL et UIL), plus de 700 autres syndicats étaient également actifs. Parmi eux, plus de la moitié (52 %) regroupait moins de 0,1 % des effectifs syndicaux totaux, dont 30 % environ accueillaient moins de 10 adhérents et 11,5 % n’en comptaient qu’un seul.3
Selon certains commentateurs, tous les syndicats autonomes à l’exception de l’UGL et de Sindacato Padano ont une caractéristique commune : ils s’apparentent à des groupes d’intérêt spécialisés représentant de petits groupes de travailleurs, qui s’unissent pour défendre leurs intérêts particuliers sans tenir compte des autres problématiques.4
Le nombre de syndiqués a augmenté en Italie au cours des dernières années. Si le gros de la croissance concerne les membres retraités, les trois grandes confédérations ont également enregistré une hausse du nombre de leurs adhérents salariés depuis 2000 : +14,6 % pour la CISL et +13,0 % pour l’UIL. La progression est légèrement plus faible pour la CGIL - +11,5 % - mais ce chiffre porte sur la période 2000-2009 et non 2000-2010 comme pour ses deux homologues. Pendant la majeure partie de la décennie, l’augmentation du nombre de syndiqués n’a pas suivi le rythme de la croissance de l’emploi, ce qui a entraîné un recul du taux de syndicalisation. La baisse de l’emploi enregistrée dans le sillage de la crise a toutefois conduit à une augmentation du taux de syndicalisation.

