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Syndicats

Le taux de syndicalisation en Espagne se situe actuellement aux environs de 20 %, mais les résultats des élections des comités d'entreprise indiquent que les syndicats bénéficient d'un soutien beaucoup plus large. Il y a deux confédérations syndicales majoritaires en Espagne – les CC.OO. et l’UGT – mais d'autres groupements importants sont également actifs au niveau régional et dans le secteur public.

 

 

On dénombre environ 2,9 millions de personnes syndiquées en Espagne. Les dernières statistiques officielles du Ministère du travail pour 2010 montrent que 16,4 % de la population active et 18,9 % des personnes ayant un emploi (définition courante du taux de syndicalisation) sont membres d'un syndicat1 , un résultat supérieur au taux de syndicalisation établi par la base de données des syndicats ICTWSS, soit 15,6 % pour 20102 .

Il existe un autre indicateur du poids des syndicats : les élections des comités d'entreprise, qui peuvent se tenir à tout moment, mais ont généralement lieu tous les quatre ans sur une période de 15 mois, entre septembre et décembre. La plupart des grandes et moyennes entreprises organisent ces élections : 47,4 % des travailleurs travaillent dans des établissements ayant mis en place cette forme de représentation3 . La participation est relativement élevée, puisque près des deux tiers des personnes habilitées à voter se prononcent. L’immense majorité des élus sont des syndicalistes (98,1 % en 2011)4 . Si l'on se réfère à cet indicateur, il apparaît clairement que les syndicats suscitent une adhésion beaucoup plus large que ne pourrait le suggérer le taux de syndicalisation.

 

 

L’Espagne compte deux grandes confédérations syndicales au niveau national : les CC.OO. (Confederación Sindical de Comisiones Obreras, Confédération syndicale des commissions ouvrières) et l’UGT (Union General de Trabajadores, Confédération générale des travailleurs), qui regroupent à peu près le même nombre d'affiliés.

 

 

Lors de leur congrès de février 2013, les CC.OO. ont déclaré 1 139 591 membres (chiffres de décembre 20115 ), soit une baisse de 53 000 (4,4 %) par rapport à octobre 20086 . Dans la même période, le nombre de travailleurs a cependant reculé de 11,4 % en Espagne. En 2011, la grande majorité de ses affiliés avaient un emploi (86,4 %), 10,3 % étaient au chômage, 2,9 % étaient retraités et 0,4 % étaient travailleurs indépendants ou occupaient une autre forme d’emploi.

Les effectifs de l’UGT sont similaires. Selon les chiffres publiés lors de son congrès d’avril 2013, l’organisation comptait 1 169 000 affiliés en 20127 , soit une baisse de 3,4 % par rapport aux 1 209 651 membres enregistrés en 2010, l’emploi ayant régressé de 9,1 % pendant la même période.

 

 

Les dernières élections des comités d'entreprise ont eu lieu pendant la période courant jusqu’en 2011. Selon les chiffres des CC.OO., les deux confédérations majoritaires étaient au coude à coude à la fin de l’année 2011.

 

 

Dans le rapport de leur congrès de février 2013, les CC.OO. ont annoncé totaliser 117 016 représentants élus sur un total de 309 846, contre 110 759 pour l’UGT. Les CC.OO. ont recueilli 33,54 % des suffrages exprimés, contre 31,30 % pour l’UGT8 . Avec près des deux tiers des voix et trois quarts des représentants, les deux confédérations devancent largement les autres organisations syndicales (voir ci-dessous). Ce sont également les seuls « syndicats les plus représentatifs » au niveau national, statut attribué en fonction des résultats des élections des comités d'entreprise. Il leur confère des droits en matière de négociation collective (voir section « Négociation collective »).

 

 

D’après les chiffres des CC.OO., les autres organisations syndicales ont remporté 35,16 % des voix et obtenu 82 071 représentants lors des élections des comités d'entreprise. Elles comprennent les confédérations nationales – l’USO (Union Sindical Obrera, Union syndicale ouvrière), la CGT (Confederación General del Trabajo, Confédération générale du Travail) et la CNT (Confederación Nacional del Trabajo, Confédération Nationale du Travail) – et sont beaucoup plus modestes que les CC.OO. et l’UGT, l’USO devançant les deux autres lors des élections des comités d'entreprise. On trouve aussi un certain nombre de syndicats actifs dans des secteurs spécifiques. La CSI-CSIF est le plus important d'entre eux. Ce syndicat regroupe les travailleurs de l'administration publique. Mais il en existe d'autres, comme FETICO dans le commerce de détail et la distribution.

 

 

Nous avons décrit le paysage syndical national. Mais l’existence d'importantes fédérations reposant sur une base régionale témoigne d’une demande d’autonomie renforcée ou d’indépendance dans ces régions. Le syndicat nationaliste basque ELA/STV est la première confédération du Pays Basque eu égard aux résultats des élections des comités entreprises. Selon les chiffres du gouvernement basque, il occupait 39,8 % des sièges aux comités d’entreprise du Pays Basque fin 2011, soit deux fois plus que les CC.OO. (19,9 %) et loin devant l’UGT (12,4 %). Sur son site internet, ELA/STV se réclame de 105 312 affiliés (fin septembre 2012). La troisième confédération syndicale la plus puissante du Pays Basque est LAB, plus proche des partisans d'une indépendance complète. Fin 2008, 17,3 % des membres des comités d’entreprise du Pays Basque en étaient issus9 . ELA/STV et LAB ont toutes deux le statut de « syndicats les plus représentatifs » au Pays Basque.

En Galice, la CIG est une fédération relativement puissante jouissant du statut de « syndicat le plus représentatif » en Galice.

 

 

Les relations entre les deux confédérations majoritaires sont généralement bonnes, même si elles sont parfois empreintes d’une certaine tension. Par exemple, la décision du gouvernement, début 2006, de restituer les biens des syndicats confisqués par Franco à l’UGT a suscité les critiques des CC.OO., à la fois sur la forme et sur le moment choisi.

 

 

Toutefois, la politique générale adoptée par les deux confédérations est l’action unitaire. Elles ont coopéré à plusieurs reprises pour organiser des grèves générales contre la politique du gouvernement, les plus récentes le 29 mars 2012 et le 14 novembre 2012. Elles ont également signé une série d’accords-cadres conjoints avec le patronat sur les augmentations salariales annuelles et la structure des relations professionnelles en Espagne (voir section « Négociations collectives »).

 

 

Toutes les confédérations reposent sur une organisation sectorielle, avec des fédérations séparées pour les différents secteurs tels que la métallurgie, les services publics, les communications et les transports ou encore les services financiers. On a assisté à d’importantes fusions entre fédérations. À la suite de plusieurs fusions, les CC.OO. se composent actuellement de 11 fédérations affiliées, contre dix pour l’UGT (bien que les fédérations des retraités, des travailleurs agricoles et des travailleurs indépendants soient appelées syndicats au sein de l’UGT). Les deux organisations comprennent une section de retraités. Cependant, ces fédérations industrielles sont plus des sections des confédérations principales que de véritables organes autonomes. Les syndicalistes espagnols se considèrent plus volontiers comme membres de l'UGT ou des CC.OO. que comme affiliés de leur fédération industrielle. Les structures régionales des confédérations sont également influentes.

 

 

Les liens entre les deux confédérations majoritaires et leurs alliés politiques historiques – le parti socialiste pour l'UGT et le parti communiste pour les CC.OO. – se sont sensiblement relâchés au cours des dernières décennies. Les deux organisations ont traité avec le gouvernement de centre-droit, qui a dirigé le pays de 1996 à 2004, signant des accords sur certaines questions et marquant leur opposition sur d'autres. Mais malgré la grève générale de septembre 2010, elles ont toutes deux collaboré beaucoup plus étroitement avec le gouvernement dirigé par le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero de 2004 à 2011. La politique suivie par le gouvernement de centre-droit de Mariano Rajoy, élu fin 2011, a exacerbé les conflits avec les syndicats.

 

 

Le nombre de syndiqués a augmenté en Espagne jusqu’à récemment. Au cours des trois ou quatre dernières années, il a cependant marqué un recul avec la baisse de l’emploi et, durant la période précédente, il n’a pas progressé au même rythme que l’emploi. Rapportés à la population active, les chiffres officiels relatifs à la qualité de la vie active révèlent que la part de syndiqués a peu évolué entre 2007 et 2010 : de 15,8 % en 2007 à 17,4 % en 2008, 17,2 % en 2009 et 16,4 % en 201010 . L’enquête de 2010 montre que les hommes sont plus syndiqués que les femmes (17,8 % contre 14,8 %), même si l’écart entre les deux sexes se resserre. S’agissant des secteurs, le taux de syndicalisation le plus élevé se rencontre dans l’administration publique avec 33,0 %.

L. Fulton (2013) La représentation des travailleurs en Europe. Labour Research Department et ETUI. Réalisé avec l'aide du Réseau SEEurope, publication en ligne, disponible sur : http://fr.worker-participation.eu/Systemes-nationaux