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Syndicats

Avec environ 16 %, le taux de syndicalisation en Espagne est relativement faible, bien que les résultats des élections des comités d'entreprise indiquent que les syndicats bénéficient d'un soutien beaucoup plus large. Il y a deux confédérations syndicales majoritaires en Espagne - les CC.OO. et l’UGT- mais d'autres groupements importants sont également actifs au niveau régional et dans le secteur public.

On dénombre environ 2,5 millions de personnes syndiquées en Espagne. Les dernières statistiques officielles du Ministère du travail pour 2007 montrent que 15,8 % des travailleurs sont membres d'un syndicat,1 un résultat conforme au taux de syndicalisation établi par la base de données des syndicats ICTWSS, soit 15,9 % pour 2009.2

Il existe toutefois un autre indicateur du poids des syndicats : les élections des comités d'entreprise, qui peuvent se tenir à tout moment, mais ont généralement lieu tous les quatre ans sur une période de 15 mois, entre septembre et décembre. La plupart des grandes et moyennes entreprises organisent ces élections. Le taux de participation est élevé : 75 % des travailleurs habilités à voter se prononcent. Si l'on se réfère à cet indicateur, il apparaît clairement que les syndicats suscitent une adhésion beaucoup plus large que ne pourrait le suggérer la relative faiblesse du taux de syndicalisation. L'immense majorité des élus sont des syndicalistes.

L’Espagne compte deux grandes confédérations syndicales au niveau national : les CC.OO. (Confederación Sindical de Comisiones Obreras, Confédération syndicale des commissions ouvrières) et l’UGT (Union General de Trabajadores, Confédération générale des travailleurs), qui regroupent à peu près le même nombre d'adhérents. Lors de leur congrès de 2008, les CC.OO. ont déclaré 1 193 000 membres (chiffres de fin octobre 2008), soit une augmentation de 208 000 affiliés en quatre ans et demi.3 Quelques mois plus tard, en avril 2009, le secrétaire de l’UGT annonçait que l’organisation comptait 1,2 million d’affiliés, soit 75 000 de plus que quatre ans plus tôt.

Les dernières élections des comités d'entreprise ont eu lieu en 2006-2007. Selon les chiffres des deux confédérations majoritaires, les deux organisations sont au coude à coude. En mars 2008, les CC.OO. ont indiqué avoir 122 700 représentants élus, contre 123 000 pour l’UGT, chiffre révélé lors de son congrès d'avril 2009. Cependant, une analyse plus détaillée des résultats, quoique largement basée sur les chiffres des CC.OO., suggèrent que celles-ci avaient une légère avance fin 2007, remportant 39,1 % des sièges, alors que l’UGT en avait gagné 37,2 %4 . Quoi qu'il en soit, la domination des deux organisations, qui ont remporté plus de trois quarts du nombre total de sièges en lice (76 %), est claire et en augmentation. Ce sont également les seuls « syndicats les plus représentatifs » au niveau national - un statut attribué en fonction des résultats des élections des comités d'entreprise. Il leur confère des droits en matière de négociation collective (voir section « Négociation collective »).

Il existe par ailleurs d'autres confédérations nationales beaucoup plus modestes - l’USO (Union Sindical Obrera, Union syndicale ouvrière), la CGT (Confederación General del Trabajo, Confédération générale du Travail) et la CNT (Confederación Nacional del Trabajo, Confédération Nationale du Travail), l’USO devançant les deux autres lors des élections des comités d'entreprise. On trouve aussi un certain nombre de syndicats actifs dans des secteurs spécifiques. La CSI-CSIF est le plus important d'entre eux. Ce syndicat regroupe les travailleurs de l'administration publique. Selon ses propres chiffres, il a gagné environ 15 % des sièges en mars 2007. Mais il en existe d'autres, comme FETICO dans le commerce de détail et la distribution.

Nous avons décrit le paysage syndical national. Mais l’existence d'importantes fédérations reposant sur une base régionale témoigne d’une demande d’autonomie renforcée ou d’indépendance dans ces régions. Le syndicat nationaliste basque ELA/STV est la première confédération du Pays Basque eu égard aux résultats des élections des comités entreprises. Selon les chiffres du gouvernement basque, il occupait 40,3 % des sièges aux comités d’entreprise du Pays Basque fin 2008, soit deux fois plus que les CC.OO. (20,1 %) et loin devant l’UGT (13,1 %). Sur son site Web, ELA/STV se réclame de 109 000 affiliés. La troisième confédération syndicale la plus puissante du Pays Basque est LAB, plus proche des partisans d'une indépendance complète. Fin 2008, 17,1 % des membres des comités d’entreprise du Pays Basque en étaient issus.5 ELA/STV et LAB ont toutes deux le statut de « syndicats les plus représentatifs » au Pays Basque.

En Galice, la CIG est une fédération relativement puissante. Avec 28 % des sièges, elle arrive à la deuxième place aux élections des comités d'entreprise, juste derrière l’UGT et juste devant les CC.OO. La CIG a le statut de « syndicat le plus représentatif » en Galice.

Les relations entre les deux confédérations majoritaires sont généralement bonnes, même si elles sont parfois empreintes d’une certaine tension. Elles ont coopéré pour organiser une grève générale contre le gouvernement le 29 septembre 2010. En février 2011, elles ont également toutes deux signé avec le gouvernement et les employeurs l’accord sur les pensions et d’autres questions, tout comme elles avaient signé de nombreux autres accords-cadres sur les augmentations salariales annuelles et la structure des relations professionnelles en Espagne.

Malgré tout, des tensions se font jour de temps en temps. Par exemple, la décision du gouvernement, début 2006, de restituer les biens des syndicats confisqués par Franco à l’UGT a suscité les critiques des CC.OO., à la fois sur la forme et sur le moment choisi.

Toutes les confédérations reposent sur une organisation sectorielle, avec des fédérations séparées pour les différents secteurs tels que la métallurgie, les services publics, les communications et les transports ou encore les services financiers. On a assisté à d’importantes fusions entre fédérations. À la suite de plusieurs fusions, les CC.OO. se composent actuellement de 11 fédérations affiliées, contre neuf pour l’UGT (dont certaines sont appelées syndicats au sein de l’UGT), avec une fédération regroupant les adhérents retraités dans les deux organisations. Cependant, ces fédérations industrielles sont plus des sections des confédérations principales que de véritables organes autonomes. Les syndicalistes espagnols se considèrent plus volontiers comme membres de l'UGT ou des CC.OO. que comme adhérents de leur fédération industrielle. Les structures régionales des confédérations sont également influentes.

Les liens entre les deux confédérations majoritaires et leurs alliés politiques historiques - le parti socialiste pour l'UGT et le parti communiste pour les CC.OO. - se sont sensiblement relâchés au cours des dernières décennies. Dans la période récente, les deux organisations ont traité avec le gouvernement de centre-droit, qui a dirigé le pays de 1996 à 2004, signant des accords sur certaines questions et marquant leur opposition sur d'autres. Malgré la grève générale de septembre 2010, elles continuent néanmoins d’être beaucoup plus proches du gouvernement dirigé par le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, élu en 2004.

Depuis quelques années, le nombre de syndiqués augmente en Espagne. Les CC.OO. ont gagné 200 000 adhérents entre 2004 et 2008 et l’UGT 75 000 entre 2005 et 2009. Le taux de syndicalisation n'a toutefois pas augmenté dans les mêmes proportions, car le nombre de travailleurs s’est également accru. Selon une enquête gouvernementale sur la qualité de la vie au travail, le taux de syndicalisation était de 14,3 % en 2004, 17,4 % en 2006 et 15,8 % en 2007. Précisons toutefois que les méthodes de collecte des données ont changé en 2006.6 L’enquête de 2007 montre que les hommes sont plus syndiqués que les femmes (21,7 % contre 16,7 %), même si l’écart entre les deux sexes se resserre.

L. Fulton (2011) La représentation des travailleurs en Europe. Labour Research Department et ETUI (online).