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Syndicats

Les taux de syndicalisation sont très variables au sein des pays membres de l’UE plus la Norvège, allant de plus de 70 % en Finlande et en Suède à 8 % en France. Cependant, le taux de syndicalisation ne constitue pas le seul indicateur de la capacité des organisations à mobiliser les travailleurs. Depuis quelques années, on assiste à un recul du syndicalisme dans la plupart des pays. Même dans les États où il enregistre une hausse, celle-ci est généralement moins importante que l’augmentation du nombre de travailleurs. Dans la majorité des pays européens, il existe plusieurs confédérations syndicales concurrentes, dont l’opposition repose souvent sur un clivage politique, bien que les différences idéologiques soient plus ténues aujourd’hui. Les fusions de syndicats continuent de remodeler le paysage syndical, même si elles interviennent plus souvent au sein des confédérations elles-mêmes.

Taux de syndicalisation

Pour déterminer le dynamisme du syndicalisme, il convient d’étudier en premier lieu le taux de syndicalisation, qui définit la part des salariés qui sont membres d’un syndicat. Les données ne sont pas toujours précises, soit parce que les syndicats eux-mêmes ne publient pas de statistiques détaillées, soit parce que les chiffres publiés incluent des membres qui ne sont pas salariés – retraités, étudiants ou chômeurs. Nous présentons néanmoins des estimations pour chaque pays (voir tableau).

Ces chiffres1 révèlent de grandes disparités dans les taux de syndicalisation au niveau européen, allant de 71% des salariés en Finlande et en Suède à 8% en France. Précisons toutefois que le taux de syndicalisation n’est pas le seul indicateur du poids des syndicats. En Espagne, par exemple, celui-ci se reflète dans la forte participation aux élections des comités d’entreprise. En France, malgré le faible taux de syndicalisation, les syndicats ont démontré à maintes reprises leur capacité à mobiliser avec succès les travailleurs dans des grèves et des manifestations de masse.

Dans l’ensemble de l’Union, le taux de syndicalisation moyen, pondéré par le nombre de salariés des différents États membres, est de 24%. (Si l’on inclut la Norvège dans ce calcul, le pourcentage est légèrement plus élevé, étant alors de 25%). Cette moyenne est abaissée par les taux de syndicalisation relativement faibles observés dans certains grands pays européens, comme l’Allemagne (19 %), la France (8%) ou l’Espagne et la Pologne (16% chacun). Les trois plus petits États - Chypre, Luxembourg et Malte – affichent des taux très supérieurs à la moyenne.

Les trois premières places sont occupées par les pays nordiques – Danemark, Suède et Finlande –, où environ 70% des salariés sont syndiqués. Cela s’explique en partie par le fait que – comme en Belgique, dont le taux de syndicalisation est également supérieur à la moyenne européenne – les prestations de chômage et autres prestations sociales sont normalement versées par le syndicat, bien que de récents changements dans le système de prestations de chômage suédois aient eu un impact négatif sur le taux de syndicalisation. Cela dit, le niveau de syndicalisation dans les pays nordiques traduit également une conception selon laquelle l’adhésion à un syndicat est une composante naturelle de l’emploi, comme le montre la proportion relativement élevée de salariés syndiqués – environ 55% – en Norvège, où les prestations de chômage ne sont pas versées par les syndicats.

Dans les autres pays, les syndicats sont confrontés à un climat plus hostile, ce qui apparaît clairement dans certains des nouveaux membres d’Europe centrale et de l’Est, où les taux de syndicalisation se situent généralement dans le peloton de queue européen. Dans huit de ces dix États, dont la Pologne, où l’on estime le pourcentage de salariés syndiqués à 16%, le taux de syndicalisation est inférieur à la moyenne européenne. Il est toutefois à noter que la Slovénie, avec un taux de syndicalisation de 30 %, et la Roumanie, où ce taux est de 33 %, occupent le haut du tableau. En Slovaquie, le taux de syndicalisation de 24 % est conforme à la moyenne européenne de l’UE.

Si les taux de syndicalisation sont très variés, leur évolution l’est en revanche beaucoup moins. Seuls huit pays sur les 27 pays membres de l’UE plus la Norvège – Belgique, Chypre, Irlande, Italie, Luxembourg, Malte, Norvège et Espagne – ont vu le nombre de syndiqués augmenter au cours des dernières années et dans la plupart de ces pays, cette hausse est inférieure à la croissance globale de l’emploi, ce qui implique une diminution du taux de syndicalisation. L’Irlande et l’Italie semblent faire exception. En Irlande, les effectifs syndicaux ont augmenté progressivement jusqu’en 2008, puis ont marqué le pas à la suite de la crise économique de 2009. Mais comme l’emploi, qui avait enregistré une croissance plus importante au cours de la période précédente, a diminué plus rapidement, le taux de syndicalisation est passé de 32 % à 34 % entre 2007 et 2009. En Italie, le nombre de syndiqués a continué de progresser tandis que la croissance globale de l’emploi était en recul, entraînant une hausse du taux de syndicalisation en 2010.

Dans le reste de l’UE, le taux de syndicalisation est en baisse. Le recul est plus marqué dans les pays d’Europe centrale et de l’Est, principalement en raison de la restructuration industrielle et d’une évolution majeure du rôle des syndicats. Mais on constate la même tendance dans les pays d’Europe de l’Ouest. En Allemagne, par exemple, la principale confédération syndicale, le DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund, Confédération allemande des syndicats), a perdu 47% de ses membres depuis 1991 – année où elle a atteint un niveau record –, majoritairement dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Les rangs des syndicats portugais se sont également clairsemés, mais les statistiques sont ici moins précises. Au Royaume-Uni, où le taux de syndicalisation a fortement diminué dans les années 80 et dans la première moitié des années 90, le nombre de membres s’est stabilisé, avec néanmoins une légère baisse en 2008.

L’augmentation récente du nombre de syndiqués au Royaume-Uni est principalement due à la croissance de l’emploi dans le secteur public, où les syndicats sont traditionnellement plus forts. D’ailleurs, c’est un point commun à la plupart des pays européens, à l’est comme à l’ouest : le taux de syndicalisation est plus élevé dans le secteur public que dans le secteur privé. En France, par exemple, les chiffres officiels pour la période allant de 2001 à 2005 montrent que 15,2% des travailleurs directement employés par l’Etat étaient syndiqués, contre 5,0% dans le secteur privé.2 En Pologne, une étude menée en 2008 a démontré que les domaines de l’éducation, de la recherche scientifique et de la santé, qui relèvent largement du secteur public, comptaient le taux de syndicalisation le plus élevé avec 25%3 . De même, en Suède, une étude menée en 2007 pour la plus importante confédération syndicale, LO, a démontré que le taux de syndicalisation était le plus élevé dans le secteur public – entre 88% et 90% en fonction du type de travail – tandis que le taux de syndicalisation le plus bas – entre 63% et 66% - était enregistré dans les services privés4 . Aux Pays-Bas, le taux de syndicalisation en 2007 était, là aussi, plus important dans l’administration publique (36%, alors qu’il n’était que de 12% pour le commerce de détail et de gros).5

Le taux de syndicalisation varie selon les sexes. Précisons toutefois que ces statistiques ne sont pas disponibles pour la plupart des pays et sont influencées par de nombreux facteurs, tels que le travail à temps partiel ou les secteurs dans lesquels les femmes et les hommes sont employés. En Espagne, par exemple, une enquête réalisée en 2007 par le gouvernement a démontré que les hommes (avec un taux de syndicalisation de 21,7%) étaient plus susceptibles d’être syndiqués que les femmes (16,7%), bien que l’écart entre les deux groupes se réduise. En Suède, à l’inverse, l’étude LO dont il est question ci-dessus a démontré que le taux de syndicalisation était plus élevé chez les femmes (81% contre 75% chez les hommes).

Pays

Pourcentage de salaries syndiqués (%)

Finlande

74 %

Suède

71 %

Danemark

67 %

Chypre

55 %

Norvège

53 %

Belgique*

52 %

Malte

48 %

Luxembourg*

37 %

Italie*

35 %

Irlande

34 %

Roumanie*

33 %

Slovénie*

30 %

Autriche*

28 %

Royaume-Uni

27 %

Grèce*

24 %

Pays-Bas

22 %

Bulgarie

20 %

Allemagne*

19 %

Portugal*

19 %

République tchèque*

17 %

Hongrie

17 %

Slovaquie*

17 %

Espagne

16 %

Pologne

15 %

Lettonie*

14 %

Estonie

10 %

Lituanie

9 %

France

8 %

   

Total UE*

23 %

Sources : dans la majorité des cas (marqués d’un *), la source est la base de données ICTWSS (Institutional Characteristics of Trade Unions, Wage Setting, State Intervention and Social Pacts), 1960-2010, compilée par Jelle Visser à l’Institut AIAS (Amsterdam Institute for Advanced Labour Studies) de l’Université d’Amsterdam, version 3.0, mai 2011. Pour les autres pays, les sources sont les suivantes : Suède : Avtalsrörelsen och lönebildningen 2008, Medlingsinstitutets årsrapport, Medlingsinstitutet, 2009 ; Norvège : Organisasjonsgrader og tariffavtaledekning i norsk arbeidsliv 2004/2005, de K Nergaard, et TA Stokke, Fafo report 518, 2006 ; Irlande : Quarterly National Household Survey – Union Membership,Q2 2007, Central Statistics Office, 2008 ; Royaume-Uni : Trade Union Membership 2008, de Craig Barrett, BERR (maintenant BIS), 2009 ; Pays-Bas : Leden vakbonden de J van Cruchten et R Kuijpers , in Sociaaleconomische trends, 1st Quarter 2008, CBS ; Bulgarie : 2007 Trade union census ; Hongrie : Műszakrend, munkarend, szervezettség, KSH, 2005 ; Pologne : Członkostwo w związkach zawodowych. Naruszenia praw pracowniczych i “szara strefa” w zatrudnieniu, Centrum Badania Opinii Społecznej, 2009 ; Espagne : Encuesta de la Calida de Vida en el Trabajo 2007 ; France : Le paradoxe du syndicalisme français : un faible nombre d’adhérents, mais des syndicats bien implantés, DARES, 2008.

Structures syndicales

Les confédérations syndicales, qui constituent les organes supérieurs des syndicats au niveau national, sont structurées selon des modalités très diverses dans les différents pays de l’UE.

Il existe une confédération syndicale unique regroupant la totalité ou la quasi-totalité des adhérents dans seulement cinq pays : Autriche, Irlande, Lettonie, Slovaquie et Royaume-Uni. On retrouve un schéma très similaire en Allemagne et en Grèce. En Allemagne, outre l’hégémonique DGB, il y a le DBB (Deutscher Beambtenbund, Syndicat allemand des fonctionnaires), qui regroupe un grand nombre de salariés du secteur public, ainsi qu’une confédération chrétienne, beaucoup plus petite. En Grèce, une confédération – la GSEE (Geniki Synomospondia Ergaton Ellados, Confédération générale grecque du travail) – est présente dans le secteur privé et une autre – l’ADEDY (Anotati Diikisis Enoseon Dimosion Ypallilon, Confédération des syndicats des fonctionnaires publics) dans le secteur public.

Dans cinq pays d’Europe du nord – Danemark, Finlande, Norvège, Suède et, dans une moindre mesure, Estonie –, les confédérations sont organisées par catégorie professionnelle : travailleurs manuels, travailleurs non manuels et travailleurs diplômés (cette dernière catégorie n’est pas représentée en Estonie, où la distinction entre travailleurs manuels et non manuels n’est de toute façon pas toujours très marquée).

Le mode d’organisation le plus courant comprend plusieurs confédérations, dont la rivalité est d’ordre politique ou religieux, du moins à l’origine. On le retrouve dans 16 pays : Belgique, Bulgarie, Chypre, République tchèque, France, Hongrie, Italie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovénie et Espagne.

Toutefois, l’origine de ces rivalités varie selon les différentes zones de l’Europe. En Europe de l’Ouest, à Chypre et à Malte, le clivage se situe entre les confédérations dont les divergences sont apparues pendant la guerre froide dans certains cas, ou bien avant cela dans d’autres cas. C’est ce qu’on observe, par exemple, en Belgique, en France, en Italie, au Portugal, à Chypre et à Malte, bien que dans la plupart de ces pays, les raisons politiques ayant mené à cet antagonisme soient plus ténues aujourd’hui. En Europe centrale et de l’Est, l’une des principales lignes de fracture se situe entre les confédérations issues de la structure syndicale officielle réformée de la période communiste – la KNSB (Confédération des syndicats indépendants de Bulgarie) en Bulgarie ou l’OPZZ (Entente nationale des syndicats) en Pologne – et les confédérations qui ont été créées de l’opposition au gouvernement – la Podkrepa (Confédération du travail) en Bulgarie et ou le NSZZ Solidarnosc (Syndicat indépendant et autonome Solidarność) en Pologne.

Il existe d’autres ramifications. En Italie, en Espagne et au Luxembourg, de nombreux syndicalistes sont regroupés au sein de confédérations sectorielles – dans le secteur financier en Italie, dans l’administration publique en Espagne et dans ces deux branches au Luxembourg. En Slovénie et en Hongrie, la structure des confédérations syndicales est à la fois politique et sectorielle. Aux Pays-Bas, en plus de la FNV (Federatie Nederlandse Vakbeweging, Confédération syndicale des Pays-Bas), née de la fusion entre des confédérations socialistes et catholiques, et de la CNV (Christelijk Nationaal Vakverbond, Fédération nationale des syndicats chrétiens), issue de la tradition protestante, il y a une troisième confédération, le MHP, créée à l’origine pour représenter les cadres. En Espagne, certaines confédérations syndicales sont purement régionales, témoignant d’une demande d’autonomie renforcée, voire d’indépendance.

Il existe peu d’indications permettant de savoir si ces divisions disparaitront dans un futur proche. En janvier 2007, trois des cinq plus grandes confédérations roumaines ont décidé de former une nouvelle alliance, l’ACSR, afin de faire un pas de plus vers une éventuelle fusion et la même année, en Lituanie, les trois confédérations syndicales ont accepté de travailler ensemble en vue d’arriver à une fusion. Cependant, dans les deux cas, il semble que la situation n’ait pas beaucoup progressé. Des discussions concernant une éventuelle fusion entre deux confédérations françaises, la CFE-CGC et l’UNSA avaient été entreprises en 2008 et début 2009 mais elles n’ont pas abouti.

Par contre, au sein même des confédérations, les syndicats ont toujours eu tendance à fusionner. Parmi les principaux syndicats européens, certains sont directement issus de récentes fusions. Par exemple, Verdi, formé en 2001 et maintenant le deuxième plus grand syndicat d’Allemagne ; Fagforbundet, le principal syndicat norvégien, établi en 2003 ; 3F, le syndicat danois le plus important, formé en 2009 ; et Unite, le plus grand syndicat anglais, créé en 2007.

Cela dit, ces fusions ne vont pas sans poser de problème, comme le prouve l’expérience finlandaise, qui a vu l’échec de la fusion de six syndicats en 2009.

Quoi qu’il en soit, dans certains pays, la structure ne repose pas sur des syndicats forts qui opèrent par le biais de réseaux au niveau local – cf. la situation en Allemagne et au Royaume-Uni, par exemple. A la place, on retrouve comme élément de base le syndicat présent sur le lieu de travail, qui rejoint ensuite d’autres organismes similaires pour former des fédérations de secteur ou des groupements régionaux, qui, à leur tour, vont s’affilier aux confédérations. On retrouve des exemples de ce processus en France, en Roumanie, au Portugal, en Grèce et en Pologne (à part le Solidarność).

L. Fulton (2009) La représentation des travailleurs en Europe. Labour Research Department et ETUI (online). Note: English and German 2011 update already online! French will follow.