Home / Dialogue social européen / Sectoral ESD / Services aux personnes (coiffure) / Acteurs et défis

Acteurs et défis

À première vue, les enjeux et politiques européens peuvent paraître assez éloignés de la réalité quotidienne des salons de coiffure. Pourtant, plusieurs facteurs ont contribué à l’essor d’un dialogue social dans ce domaine. Depuis la fin des années 1990, ce dialogue social rassemble, côté travailleurs, UNI-Europa Hair & Beauty Care, et, côté employeurs, l’European Confederation of Hairdressing employers' organisations Coiffure EU »).

Parmi les facteurs qui ont contribué à l’essor de ce dialogue social, on notera en particulier l’existence de partenaires sociaux nationaux très actifs dans certains pays comme le Danemark et les Pays-Bas, marqués par la volonté de forger une image de marque de qualité au niveau européen. Mais il y a aussi, et surtout, l’utilisation du niveau européen, considéré comme niveau approprié, pour mettre au point des standards de qualité en matière de santé-sécurité, de formation professionnelle et de qualification.

Autre aspect : les conclusions d’un rapport réalisé par des consultants indépendants soulignent « l’importance qu’il convient d’accorder au suivi régulier des tendances [en matière de mode, sur le marché des produits et dans l’enseignement, NDLR] tant au niveau national qu’au niveau européen, afin de s’assurer que des mesures peuvent être prises pour anticiper ou accompagner de telles tendances dans le cadre de la formation ou par d’autres actions » (« Tendances et développements nouveaux dans le secteur européen de la coiffure », Rapport établi à l’attention de CIC-Europe et de Uni-Europa, ECOTEC, Research&Consulting Limited, mars 2000). Nous avons là un autre élément explicatif du dynamisme du dialogue social dans ce secteur.

Les huit textes adoptés à ce jour sont :

 

  • le certificat européen de coiffure (2000) ;
  • le code de conduite et les lignes directrices pour les coiffeurs européens (2001) ;
  • la déclaration commune sur la formation professionnelle (2005) ;
  • les recommandations en matière de santé et de sécurité (2005) ;
  • la position commune sur la directive cosmétique (2007) ;
  • la Charte de Bari (2007) ;
  • l’accord sur la mise en œuvre des Certificats européens de coiffure (2009) ;
  • l’accord-cadre européen sur la prévention des risques pour la santé (2010).

 

Le premier constat est que ces textes témoignent d’un intérêt particulier pour trois thèmes : la formation professionnelle, les questions de santé et de sécurité, et les normes de qualité professionnelles. Dans une brochure commune intitulée « Certificat européen de coiffure. Lignes directrices pour les coiffeurs européens – Le programme de dialogue social de l’UE », les partenaires sociaux définissent les cinq « bonnes raisons » qui, à leurs yeux, nécessitent l’adoption de normes communes européennes de formation :

 

  • une plus grande flexibilité des ressources humaines (les normes communes amélioreront la mobilité en Europe et la flexibilité au sein de la profession)
  • des possibilités de travail à l’étranger plus nombreuses (la formation-type européenne prépare les coiffeurs à travailler à l’étranger)
  • une garantie de qualité pour le client (normes professionnelles élevées)
  • une plus grande fidélisation des employés du secteur (la formation-type aidant les coiffeurs à répondre à leurs ambitions techniques et professionnelles)
  • une base professionnelle commune créée en vue de l’amélioration de la qualité (plate-forme commune de discussion pour l’amélioration de la qualité professionnelle).

 

En novembre 2007, la signature de la « Charte de Bari », qui énonce des engagements de suivi et de clarification des liens entre les différentes initiatives des coiffeurs européens (certificat, Convention sur la santé et la sécurité, guide « Comment s’y prendre »), ouvre la voie à un premier texte important : l’accord conjoint entre partenaires sociaux sur la mise en œuvre des certificats européens de coiffure, signé le 18 juin 2009.

Ce texte, classé par l’Observatoire social européen comme dans la catégorie des « accords autonomes », vise à « améliorer la qualité générale et l’image des services de coiffure dans l’UE » par l’utilisation de certificats européens et l’application commune au niveau national de leurs dispositions. Il s’agit d’un engagement réciproque fort, qui concerne tant les partenaires sociaux européens que nationaux. Cet engagement porte tout d’abord sur l’intégration de modules de formation spécifiques (incluant notamment les consignes de santé-sécurité) dans les structures nationales de formation à la coiffure ; il porte ensuite sur la conception, la production et la délivrance de certificats européens à destination des personnes qui réussissent l’examen et/ou mettent à jour leurs qualifications. Le mécanisme de suivi de l’accord est contraignant pour les partenaires sociaux : il les engage formellement à mettre en œuvre ce système de certification, et engage les partenaires sociaux nationaux à faire régulièrement rapport sur son application.

Deuxième texte important : l’accord-cadre européen sur la prévention des risques pour la santé dans le secteur de la coiffure (2010). L’un des « déclencheurs » de ce texte conjoint est une frustration des partenaires sociaux européens à l’égard du processus de révision de la directive cosmétique (76/768/EEC). Pour rappel, cette directive vise à ce que tous les produits mis sur le marché européen soient sûrs et respectent une même réglementation dans l’ensemble des États membres. Ses piliers sont la sécurité du consommateur, l’harmonisation de la réglementation, l’information du consommateur et l’expérimentation sur les animaux. Or la protection de la santé des travailleurs des secteurs concernés par les produits cosmétiques — au premier rang desquels les coiffeurs et les esthéticiennes — n’apparaît pas en tant que telle. Le 5 février 2008, la Commission publie un projet de règlement remplaçant la directive de 1976, mais sans renforcer les questions de sécurité des travailleurs impliqués dans ces produits (malgré la demande des partenaires sociaux). D’où la volonté de ceux-ci de prendre eux-mêmes en mains cette question via le dialogue social sectoriel.

C’est ainsi que leur accord-cadre négocié en 2009 et adopté en 2010 contient une série d’objectifs ambitieux en matière de prévention et de protection de la santé sur le lieu de travail, d’environnement de travail, de normes de sécurité, de qualification du personnel, et d’harmonisation des conditions de travail au sein de l’UE. Ce texte fournit une série de recommandations en ce qui concerne notamment la manipulation des produits, la protection de la peau et des voies respiratoires, mais aussi les troubles musculosquelettiques, l’environnement et l’organisation du travail, la protection de la maternité, et la charge mentale. Il s’agit bien d’un accord-cadre au sens du Traité ; les partenaires sociaux invitent la Commission à soumettre ce texte à la décision du Conseil afin de le rendre obligatoire dans les États membres de l’UE.

Comme on vient de le voir, le dialogue social de ce secteur porte donc principalement sur la formation, les normes de qualité des services de coiffure, et la santé-sécurité au travail. Au-delà de ces thèmes récurrents, on retrouve aussi, mais de manière plus marginale, la volonté d’être présent dans les discussions concernant le taux réduit de TVA pour les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre.

Observatoire social européen (2010) Fiches sur le dialogue social sectoriel européen. Projet coordonné par Christophe Degryse, www.worker-participation.eu/EU-Social-Dialogue/Sectoral-ESD